EDGARD PILLET ET L'AMÉRIQUE

Une exposition de la galerie 53
www.galerie53.com

Au lendemain d'une guerre mondiale, qui peut encore peindre l'homme ? Tandis que l'Europe commence à  se relever, le portrait y devient un genre réservé à  la photographie. Fin de l'aventure picturale et sculpturale de l'Humanisme : le sujet peint fait place à  l'esprit de la peinture, à  parir de 1945.

La composition, les lignes et les couleurs de ses formes suffisent désormais à la construction de nouvelles images, qui font écho à la société moderne industrialisée, et aussi à la pudeur nécessaire en période de deuil.

En découvrant le Guernica de Picasso dès 1937, Edgard Pillet avait déjà compris combien il importait de métamorphoser les émotions. Durant les dix années qui suivirent, le jeune artiste travailla encore en transfigurant ce qui l'entourait, tout en achevant sa formation de dessinateur au contact de l'iconographie grecque, puis en se découvrant coloriste, sous le soleil de l'Algérie. De retour à Paris en 1945, il adhère au courant de l'Abstraction géométrique. Il le digère. Il lui correspond. De 1945 à 1951, il s'y adonne avec enthousiasme.

En 1952, après avoir mené une activité intense au sein de revues, de films, d'expériences collectives et bien sûr de son propre atelier, Edgard Pillet reprend la route. Direction le Nord, la Finlande, cette fois, où les jeunes artistes se ruent sur les principes abstraits qu'il importe. Ils vouent depuis au peintre, comme l'attestent régulièrement d'importantes rétrospectives, un respect profond.

En 1955, c'est l'Amérique, en attendant l'Espagne puis l'Afrique. À l'Université de Louisville puis à l'Art Institute de Chicago, Edgard Pillet enseigne la peinture en laquelle il croit. Mais à New York, où il se rend régulièrement pour montrer son œuvre en galerie, il repère, ébloui, les audaces d'une nouvelle école en germe, elle aussi non figurative, mais gestuelle. Celle de Jackson Pollock, le spécialiste des giclures rageuses, de l'expression en très grand format ; l'héritier des expériences automatiques du surréaliste Henri Michaux ; l'admirateur de la manière de dessiner des Indiens navajos, à l'horizontale du sol terrestre plutôt qu'à la verticale de l'être humain...

Ainsi la Liberté peut être évoquée autant en éclaboussant la toile qu'en la compartimentant. Ainsi le refus du sujet classique peut-il s'exprimer à la main et aux tripes, tout autant qu'à la règle et au compas. Wilhelm De Kooning, Robert Motherwell et surtout Richard Lindner sont d'excellents partenaires, avec lesquelles Pillet refait le monde de la peinture, au fond des bars de la métropole américaine. Et il peint.


 

Tout au long de sa vie il captera ainsi l'expérience de ceux qu'il cà´toie, puis la distillera afin d'en nourrir son propre cheminement. Si à  la fin des années 1950 Paris attire toujours les artistes en quète de modernité, Edgard Pillet n'y retourne qu'une fois devenu riche de références nouvelles, puisées aux sources d'un continent épargné par seconde guerre et bruissant d'une énergie jeune. Il s'en revient plein de formes inédites et de matières différentes, rencontrées loin du champ européen. Et dont la vitalité génère des toiles rares.

Françoise Monnin

 
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