LES ANNÉS 1960-70 : LES CREUSETS PAR LES CRITIQUES

Pillet "invente" les creusets (le nom et la technique) dans les années soixante.
Lorsque qu'il crée ses premiers creusets, le problème que se pose Pillet est de savoir comment une surface concave va s'offrir à la couleur.

Sa préoccupation est d'obtenir un équilibre entre forme, couleur et matière.



Les critiques commentent les creusets...

...Comment Pillet a-t-il réalisé cette invention sensationnelle? Il s'était mis à  décorer ses toiles d'une soyeuse ceinture de couleur, comme d'un second cadre dont il ornementait l'intérieur. En peignant cet ovale, Pillet ne recherchait pas un effet décoratif, mais un effet optique. L'ovale avait à  ses yeux le mérite de reculer le motif qu'il portait en son centre. Ex-disciple d'Euclide-Mondrian, Pillet se dit que la demi-ove creuse le reculerait bien davantage. Il fallait donc spatialiser l'ovale.
Evidemment, il ne s'agissait pas de bomber le tableau en avant comme le foc-ballon d'un yacht, mais au contraire de le bomber en arrière. C'était un trait de génie, qu'avec du talent Pillet pouvait mener à  bien.
Pierre Guégen: Aujourd'hui, page 26, Paris Déc. 1960.

Le problème qu'il se posa était de savoir comment utiliser une surface nouvelle, une surface autre qui s'offrait désormais à  son désir de peintre. Mas le fait que cette surface ait été préparée, construite de ses mains, multipliait déjà  le problème par deux. Car si Pillet s'était bien gardé de faire de la sculpture, il n'était pas moins tombé dans les pièges (ô combien plus redoutables!) de l'architecture.
Le voici donc devant un double problème : comment créer une surface et comment s'en servir. Certes, une solution décorative aurait été bien reçue, mais elle serait restée hors du problème posé.
Chez Pillet, d'ailleurs, la peinture se trouvait chargée de trop de responsabilités pour se soumettre passivement à  un corps étranger. Et, le peintre s'étant vite rendu compte que la surface devenait espace, le probléme initial s'élargissait encore....
J.-A. França: Aujourd'hui no 34, page 36, Paris Déc. 1961.

En découvrant et développant un moyen d'expression inédit, Edgar Pillet ne se contente pas de proposer un aspect plus original de la création artistique, il en utilise jusqu'au bout les passibilités qui, peu à  peu, font surgir des thèmes de recherches orientées ver s les données fondamentales du rythme. Avec ses creusets, il délimite un espace dont il organise les données sensibles, espace suggéré dont la concavité appelle aussitôt la convexité qui lui répond.
Ces creusets se présentent comme des objets empreints d'un mystère dont la signification remonte aux temps de cette période envoûtante qu'était la préhistoire quand les hommes étaient en contact direct avec les forces de la nature, qu'ils considéraient comme des divinités aveugles dont il fallait apaiser le déchaînement. Notre ére scientifique a libéré de nouvelles forces, tellement extraordinaires, qu'elles peuvent paraître sur-naturelles., même si on les examine à la lueur des connaissances et de la raison.
PiIlet nous présente une oeuvre qui semble prendre conscience des menaces que font peser sur notre monde civilisé les réalisations de la science et de la technique.
C'est l'esprit de cette angoisse primitive que les premiers hommes ont cherché à  retenir et à  conjurer dans ces oeuvres ayant un caractére d'envoûtement, que Pillet retrouve dans ses graphismes et ses reliefs basés sur les lois d'un rythme original destiné à  retenir une harmonie et un équilibre menacés par les événements irréductibles à  notre volonté. Ces creusets, en plus de leur originalité et de leur valeur plastique étrange et prenante, représente un retour à  la magie des signes primitifs, à  l'orée de cette époque qu'un philosophe américain a rapprochée, en raison même de ses découvertes prodigieuses, de celle où l'homme avait connu le feu.
René MASSAT Art-Témoin N° 1 janvier 1962. Dernieres oeuvres de Pillet Galerie Marcelie Dupuis.

L'originalité de ses recherches - des peintures à  ces étonnants Creusets - la qualité de son langage plastique capable à  la fois d'audace et de mesure, la sensibilité de son tempérament, un des rares aujourd'hui qui sache que la raison est le véhicule de l'enchantement, la vitalité enfin de son intelligence créatrice qui peut exprimer les charmes d'une pensée onirique au niveau même des disciplines de l'esprit, tout cela, je le conçois, mériterait, à  son propos, d'être mieux commenté.
Mais son talent en répond. La place que, par lui, occupe désormais Pillet dans l'art contemporain, est significative en ce sens que son oeuvre, accomplie, se fait encore promesse.
Roger Bordier: Catalogue, Galerie de la Madeleine, Bruxelles 1er 14 Fév. 1962.

Sa préoccupation est d'établir un parfait équilibre entre la forme et la couleur. Plus la forme prend de l'importance, plus les couleurs deviennent sobres et tranquilles. Il y a davantage de couleurs dans un Creuset aux contours indécis. Les premiers Creusets sont essentiellement des surfaces concaves peintes où la profondeur matérielle correspond à  la profondeur suggérée dans des toiles précédentes car il cherche le juste équilibre entre la forme et la couleur. Il se libére bien vite dans ses Creusets du côté peinture pour aboutir à  un langage où la forme et les couleurs s'intégrent harmonieusement dans un nouvel ensemble dicté par des possibilités que donne la profondeur matérielle. Ce nouveau moyen d'expression s'impose à  l'artiste et l'oblige à  créer des formes inédites et souvent insolites. Les formes deviennent de plus en plus variées sans que l'unité soit rompue.
Cette unité provient du fait que la couleur est partie intégrale de la forme, c'est-à -dire que la forme ne peut plus se concevoir sans la couleur, même quand les Creusets sont à  dominante noire. Pour obtenir un maximum de tension dans ses compositions, il oppose volumes formes et couleurs. Il purifie la forme, la rend simple et dominante en même temps qu'il limite les couleurs au strict minimum. Il veut vivifier la surface -ou plutôt la concavité -par un mouvement qui dépend fonciérement de la modulation de l'ensemble.
Karl K. Galerie Kaare Bernstein Pillet 27 avril - 8 mai 1962


 
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